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Des États-Unis à la France, la liberté ou l’Histoire : voyage autour de l’idée de race aujourd’hui

E 21/02/2021

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ÉCOUTER (42 MIN)SIGNES DES TEMPS par Marc WeitzmannS’ABONNER

Au-delà de la responsabilité vis-à-vis de l’Histoire et des souffrances passées, Thomas Chatterton Williams assume la liberté paradoxale de se réinventer. Pap Ndiaye lui répond.

Autoportrait en Noir et Blanc est le nouveau livre de l’écrivain et journaliste américain Thomas Chatterton Williams. Il sort à point nommé, alors que la polémique française autour de l’islamo-gauchisme réactive les débats autour du racialisme à gauche. Tout le monde devrait lire ce livre non seulement en raison de ses qualités littéraires, mais aussi du fait de l’originalité, du courage et de la profondeur avec laquelle son auteur éclaire ces questions et leurs paradoxes. Fils d’un père noir qui a connu le Texas de la ségrégation et d’une mère blanche et protestante, dont la famille n’a jamais vraiment accepté l’union mixte de leur fille. Il a grandi dans le New Jersey dans les années 90 au son du rap et du hip-hop comme Noir, avant de passer un doctorat de philosophie et de s’installer en France  où il s’est marié avec une française blanche, et où il est devenu père.  C’est ce parcours, ou plutôt, pour employer un grand mot, c’est le questionnement existentiel accompagnant ce parcours que ce livre raconte sans rien céder à l’idéologie, mais sans non plus reculer devant la difficulté et les paradoxesUn livre qui se veut aussi un témoignage sur le désapprentissage de l’idée de race et se tient sur la ligne de crête entre la mémoire et l’oubli, entre fidélité et trahison libératoire.

Dans son livre Thomas Chatterton Williams rejette la légitimité de cette construction raciale.

C’est aux Etats-Unis que j’ai pris conscience de ces questions et de l’intérêt qu’elles pouvaient avoir pour regarder les positions sociales et pour comprendre aussi les inégalités, non seulement celles de la société américaine, mais aussi celle de la société française. […] A la fois penser que les races n’existent pas bien entendu, mais qu’elles continuent à laisser une empreinte dans les imaginaires des sociétés contemporaines et que à ce titre on peut s’y pencher, tout en faisant attention à des usages qui pourraient en effet essentialiser les identités. Pap NDiaye

Le racisme est une construction sociale, mais par ailleurs, Walter Benn Michaels nous a dit que traiter la race comme un fait social, cela ne fait qu’insister sur le fait qu’on s’était trompé quand on pensait que c’était un phénomène biologique, et ça nous ramène à cette erreur si on nie que c’est une construction sociale ou si on l’affirme trop. […] Le racisme ne repose sur rien ; et pourtant, on continue d’avoir les mêmes comportements et on continue de traiter la race comme une catégorie qui ne peut pas être transcendée, c’est cela le problème. […] On ne peut pas se contenter d’être antiraciste. Si l’on oppose la fausseté de cette notion de race, on est pris dans des sables mouvants. Thomas Chatterton Williams

L’héritage historique

Thomas Chatterton Williams et Pap NDiaye esquissent des généalogies subjective et collective. 

Quand on a eu cette trajectoire et que nos ancêtres ont été opprimés, comment faire sens avec le fait que nous ne sommes pas opprimés, mais que vous avez quand même envie d’honorer les objectifs de liberté pour lesquels vos ancêtres se sont battu ? […] Je ne suis pas né dans le même monde que mon père. Thomas Chatterton Williams

Ce qui m’a toujours préoccupé, c’est plutôt la question des identités subies, plutôt que de la subtilité des identités choisies. […] J’ai fini par assumer mon identité subie. Il y a une identité subie, qui fait mon destin. Cela j’ai choisi de l’assumer plutôt que de le réfuter au nom d’un universalisme républicain aveugle à la couleur de peau. Pap NDiaye

Références musicales : 

St-James Infirmary de Allen Toussaint

The soul of a man de Blind Willie Johnson

Traduction : Eve Dayre

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