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Vandalisme des monuments aux morts : Tous Créoles se souvient

Nous avons appris que dans la nuit du samedi 25 au dimanche 26 décembre, les monuments aux morts de la ville du François et de Ducos ont été vandalisés.

Au François, le monument a été dégradé en pleine nuit. Les plaques citant les Franciscains qui se sont sacrifiés pendant les guerres ont été brisées. De même au monument aux morts de Ducos, devant l’église.

Les raisons de ces deux destructions n’ont pas été formulées.

Ces monuments aux morts sont des ouvrages en souvenir des soldats morts à la guerre, érigés à la suite de la fin de la Première Guerre mondiale, où 1,4 millions de soldats ont été tués. En 1945, les noms des soldats tués lors de la Seconde Guerre mondiale ont été ajoutés, puis ceux de la guerre d’Indochine en 1954 et de la guerre d’Algérie en 1962.

Plus de 60 millions de soldats ont pris part à cette seconde guerre, environ 9 millions de personnes sont décédées et environ 8 millions sont devenues invalides. Le deuil de la Grande Guerre a fait que dans les années 1920-1925, quelque 35.000 monuments aux morts sont érigés. Les pertes massives (en France, il y eut 1,4 million de morts et 3 millions de blessés sur 8 millions de mobilisés, pour une population de 40 millions d’habitants), justifiaient que soient honorés ceux qui ont perdu la vie, dans l’espérance que cette guerre serait la dernière (« la Der des Ders »), et que leur sacrifice serait utile ; les monuments rappellent ce sacrifice, jusque dans les colonies.

Les noms de 150 « poilus » martiniquais ont été inscrits sur les monuments aux morts de leur pays, à l’occasion du 11-Novembre 2006. Ces combattants avaient été oubliés par les familles ou l’administration, les derniers des 1.876 soldats français de la Martinique officiellement ‘morts pour la France’, sur les 8.788 partis se battre. Pour verser « l’impôt du sang ».

C’est Sabine Andrivon-Milton, qui a consacré sa thèse à « la Martinique pendant la première guerre mondiale », qui a présenté à la Bibliothèque Schoelcher une exposition sur ce sujet. Pour les oubliés retrouvés, au Vauclin, place Charles-de-Gaulle, une plaque de marbre comportant douze noms a été ajoutée sur le monument aux morts à côté de celle indiquant les 86 enfants de la commune morts à la guerre, souvent volontaires pour s’associer au combat contre la « barbarie. » A cette occasion de nombreux Martiniquais ont pu s’approprier leur passé.

L’acte de ces personnes ignorantes nous permet d’évoquer l’engagement des 2.500 Antillais entrés en « dissidence » pendant la Seconde Guerre mondiale pour rallier les Alliés qui avaient longtemps été oubliés. Ils avaient, pour certains encore adolescents, quitté leur île, à bord de gommiers pour rejoindre Sainte-Lucie, Trinidad ou la Dominique, répondant à l’appel du Général de Gaulle pour s’engager dans les Forces Françaises Libres (FFL) et participer à la Bataille de Monte Cassino en Italie, ou débarquer le 15 août 1944 sur la plage de Cavalaire en Provence et prendre part aux combats pour la libération de la France, de Royan à Strasbourg.

Euzhan Palcy, réalisatrice martiniquaise, a rendu un vibrant hommage dans son film « Parcours de dissidents » à ces ultramarins qui ont grandement aidé la France à garder sa liberté en refusant le joug du régime de Vichy et en combattant le nazisme sur les fronts européens.

Léopold Sédar Senghor a pu écrire à propos des soldats africains, recrutés dans ses colonies par la France : « Sang ô sang noir de mes frères, vous tachez l’innocence de mes draps, vous êtes la sueur où baigne mon angoisse, vous êtes la souffrance qui enroue ma voix. Non, vous n’êtes pas morts gratuits. Vous êtes les témoins de l’Afrique immortelle, vous êtes les témoins du monde nouveau qui sera demain. »

Au cours de la Première Guerre mondiale, des centaines de milliers de soldats noirs se sont battus pour leur colonisateur et ont payé largement, eux aussi, le prix du sang. Près de de 700.000 hommes sont venus des quatre coins de l’empire. Les troupes coloniales sont engagées sur tous les fronts : La bataille dans les Ardennes, les batailles de Champagne de 1915, la bataille de la Somme en juillet 1916, la bataille du Chemin des Dames en avril 1917, la bataille de Saint-Mihiel en 1918.

La bataille des Dardanelles et l’expédition de Salonique en Orient, sont des batailles qui laisseront un très dur souvenir aux soldats. Beaucoup d’antillais y laisseront la vie.

C’est dire combien dérisoires et vides de sens sont ces actes de vandalisme de ces monuments aux morts. Sauf à nous avoir permis d’évoquer la mémoire de nos ancêtres, les plus braves et courageux de leur époque. Tous Créoles, jamais ne les oubliera.

Dorothée de Reynal, Gérard Dorwling-Carter.

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