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Indignation parlementaire par Livie Pierre-Charles

février 2112:422023Imprimé l’articlePartager l’article  0 Commentaires

Toutes les formes de presse -écrite, télévisée, radiodiffusée, sont montés au créneau pour condamner avec véhémence les propos du ministre Gérald DARMANIN relatifs à la fin de la période esclavagiste qu’il attribue aux soins exclusifs de la RÉPUBLIQUE.

Cette affirmation a provoqué une levée de boucliers dans les rangs de la représentation parlementaire qui s’estime spoliée d’une victoire qui revient au peuple MARTINIQUAIS, victime d’un asservissement abominable qui a duré de plus de 2 siècles et qui, parait-il, dure encore, selon certains.

Ainsi, assiste-t-on aujourd’hui à une sorte de pugilat intellectuel, porteur d’affrontements entre deux groupes, affrontements qui semblent expliquer les faits historiques quand on les examine de plus près.

En réalité, l’avènement d’un régime humaniste qui sous les couleurs de la RÉPUBLIQUE signe l’arrêt de mort de la barbarie esclavagiste, est défendu par deux camps.

En premier lieu, la révolte populaire déterminée à mettre fin à deux siècles d’une intolérable deshumanisation.

Et en second lieu la ténacité du célèbre abolitionniste – Victor SCHOELCHER – soutenu dans son action par des Martiniquais issus de milieux modestes, appartenant à la société des Francs-maçons.

Ces deux groupes, ayant pour objectifs communs, l’abolition, ont œuvré dans des sphères différentes : les uns sur le terrain et les autres, à PARIS, dans les milieux ministériels.

Leur action a été payante parce qu’elle a abouti à la signature du décret officiel de l’ABOLITION de l’ESCLAVAGE, le 27 avril 1848, suivi près d’un siècle après, le 19 mars 1946, par la DÉPARTEMENTALISATION exigée après les sacrifices subis par les MARTINIQUAIS pendant la seconde guerre mondiale (1939-1945).

Cette double ascendance a d’ailleurs été rappelée par le député-maire Aimé CÉSAIRE lors de la célébration à Fort de France en 1998 du 150ᵉ anniversaire de l’abolition de l’ESCLAVAGE.

Que l’on réfléchisse un peu : si le paraphe officiel de l’ÉTAT RÉPUBLICAIN n’avait pas figuré sur l’acte officiel de l’abolition, certes les anciens asservis auraient recouvré leur liberté, mais selon quels principes auraient-ils procédé à l’organisation du territoire, avec toutes ses institutions ? les valeurs de la citoyenneté auraient-elles prévalu ?

Autant de questions que l’on est en droit de se poser quand on considère par exemple le cas d’un de nos voisins : où règnent l’anarchie et un désordre indescriptible au plan, par exemple, du cadastre et de l’aménagement du territoire, comme nous le montrent les images télévisées.

En résumé, le sort de notre île s’est joué sur deux espaces

  • l’espace Caribéen avec, comme point de départ, la révolte populaire,
  • l’espace Européen avec l’application officielle des lois de la RÉPUBLIQUE, sur notre territoire insulaire.

Autant dire que la victoire sur l’inhumanité a bénéficié de l’intervention de deux acteurs.

L’on ne perdra pas pour autant de vue que ce sont les victimes d’une inqualifiable aliénation qui sont à l’origine – comme dans tout soulèvement populaire ailleurs – de l’ébranlement de l’histoire.

Parallèlement au rappel de ces faits, l’on ne peut s’empêcher de noter l’existence d’un étrange paradoxe de notre HISTOIRE. En effet, ce sont les victimes d’une douloureuse infériorisation qui ont réclamé, avec insistance de l’instance dominatrice, une similitude de traitement, en d’autres termes, l’Assimilation !! Une assimilation administrative certes, mais dont le poids sur les mentalités est indéniable.

L’ÉTAT FRANÇAIS ayant reconnu le bon droit des insurgés, leur a finalement donné satisfaction.

A cet égard, s’agissant du rôle de la RÉPUBLIQUE dans notre HISTOIRE, le ministre de l’Intérieur – Monsieur Gérald DARMANIN – n’a pas tout à fait tort.

En conclusion, une question s’impose : à quoi bon se « chamailler » à propos de faits historiques souvent déformés et tronqués ?

Il parait préférable de conclure ainsi :

Le mastodonte de la servitude a été si long et si difficile à renverser qu’il a fallu deux entités pour le faire. L’une en interne, l’autre en externe ; l’une populaire, l’autre officielle.

A quoi bon « s’enflammer » à propos des faits du passé alors que l’avenir est si urgent et si important à construire au profit de notre jeunesse ?

Livie PIERRE-CHARLES

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