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Couleur de peau : abattre les barrières

couleur de peauNous reproduisons ici cette lettre ouverte d’une jeune « Whiteniquaise » publiée récemment par le quotidien France-Antilles à la Martinique. 
Par l’emploi de ce néologisme imagé, cette jeune fille entend faire comprendre que, bien d’origine métropolitaine, son cœur est créole, mais que certains lui refusent parfois ce droit… parce qu’elle est Blanche !
Coup de projecteur sur des comportements rarement (jamais ?) dénoncés par nos élites intellectuelles, ni d’ailleurs par la population…
Écrire cet article est un acte vraiment difficile, car comme vous le constaterez j’utilise le témoignage de ma (courte) vie pour aborder deux sujets brûlants : le racisme, et le développement de la Martinique.
Mes parents sont métropolitains et nous avons déménagé quand j’avais huit ans. Tous mes souvenirs ou presque sont en Martinique. Je me suis parfaitement intégrée : mes amis sont Antillais, je parle créole, j’ai fait de la danse traditionnelle, mon petit ami est Ducossais et surtout j’aime mon île, profondément.
J’aime la mentalité des Martiniquais et je suis consciente de la richesse des ressources du pays. J’ai effectué toutes mes études en Martinique, notamment les classes préparatoires aux grandes écoles. Ensuite, il m’a fallu (à contrecœur) partir en France pour achever mon cursus.
C’est à l’âge de dix-huit ans qu’une sorte de conscience politique est née chez moi. Peut-être parce que je grandissais et qu’on me demandait de choisir mon avenir, je me suis mise à regarder mon pays sous un autre angle. J’ai beaucoup parlé avec les parents de mes amis, qui ont vécu d’autres choses et ont un regard plus étendu sur l’évolution de la Martinique. Les principales questions au cours des débats étaient « L’indépendance est-elle une solution ? Comment y arriver sans devenir sous-développé ? ». Au travers des discussions, j’ai décidé que mes études serviraient à répondre à cela.
Chemin faisant je réalise que beaucoup de jeunes ainsi s’inquiètent du devenir de la Martinique. On entend souvent « C’est la décadence », « Les jeunes se croient dans des ghettos américains », « La Martinique n’est plus ce qu’elle était ».
Dans un premier temps je m’adresse donc aux jeunes Martiniquais : il faut revenir travailler au pays, il faut étudier pour notre pays, afin d’avoir le bagage nécessaire pour créer des entreprises et donc de la richesse. Nous devons vraiment créer une force de groupe, que nous soyons unis dans le combat, pour changer l’avenir.
S’ensuit aussitôt le deuxième objet de cette lettre ouverte : l’unité nécessite d’abattre les barrières des couleurs de peau. Tel un Négropolitain, je me sens Whiteniquaise : je ne me plais pas en métropole (question de climat et du reste), et j’adore l’île ; mais bien trop souvent dans ma vie, les détails du quotidien m’ont rappelé combien j’étais Blanche, et ce, avant tout le reste. Ainsi je ne suis de nulle part : mon cœur est dans un endroit où l’on ne veut pas de moi. Et pourtant combien j’aimerais faire pour cet endroit !
Je m’adresse donc à tout le monde, à Paille notamment (pour une chanson qui, sans recul, peut inciter à la haine raciale selon moi : Baissé zié ba yo), mais également la génération de nos parents qui semble plus portée au racisme que les jeunes : il faut que nous marchions main dans la main, car la couleur ne définit pas un caractère. Durant les années à venir j’ai l’impression que nous pourrions changer le monde (c’est ça d’être jeune) mais pour cela il faut vraiment lutter contre le racisme. En France d’ailleurs, les Martiniquais souffrent de ce fléau. Il faut que la souffrance créée serve à ne pas répéter ce qui nous a profondément blessés. « Alò moin ka di’w an sel bagay : Frèa, nou ni pou lité pou péyi nou, pass Matinik biswen nou tout ! A an lot soley ! »
Mary-Loïs POTIE

3 Commentaires

  1. Bernard

    Probablement de la génération de vos parents j’ai avec mon frère écrit de blog en 1998, 150° anniversaire de l’abolition de l’esclavage.
    http://a-quand-un-mandela-martiniquais.blogspot.fr/
    Il parle entre autre de la question de la dualité du racisme à la Martinique.
    En milieu Béké on est exclu pour diverses raisons.
    Un/une métro ne sera pas non plus admis/e pour des raisons similaires.
    Sont aussi exclus du groupe ceux qui ne font aucune différence selon la couleur des uns et des autres; et ceux dont les opinions sont par trop éloignées des stéréotypes du groupe.
    Il est normal que l’on se tourne alors vers l’autre partie de la société Martiniquaise. Mais là on découvre que les subtilité qui on valu l’exclusion du groupe béké ne sont pas automatiquement perçues dans le regard des autres martiniquais. Pour eux ceux qui sont exclus du milieu d’origine, sont et restent des « békés », et ou des « métro ».
    On est ainsi renvoyé dans son milieu d’origine.
    L’un et l’autre de ces comportements révèlent la vrai question celle de la place du racisme dans la société martiniquaise d’aujourd’hui, comme séquelle de l’esclavage, et de la nécessité de le combattre par tous les moyens.
    Parler des séquelles de l’ esclavage c’est proclamer qu’il n’y a pas de destin sacré de l’homme blanc comme il n’y a pas de destin maudit de l’homme noir, que c’est l’idéologie destinée à assurer la reproduction du système eclavagiste qui est à l’origine du racisme.
    Pour le penser, le dire et le pratiquer ouvertement quelques uns ont été exclus du milieu béké, sans pour autant avoir retrouvé une autre place dans la société Martiniquaise.
    Peut être serait il temps d’ apprendre à se connaître ?
    Que pouvons nous faire les uns et les autres pour qu’avec l’apaisement d’une réappropriation collective de l’histoire, nous puissions dire à nos enfants « plus jamais ça » ?
    Je crois que les jeunes ont fait un grand pas sur leurs ainés. Il ne faut pas avoir peur de maintenir le cap, de vivre dans le cercle restreint de ceux qui acceptent la richesse de l’être individuel au lieu de se figer sur l’ être social.
    Oui il faut abbatre les barrières. Continuez.

  2. MAA-NIN

    Bonjour.
    ce courrier part d’une bonne intention, et en tant que martiniquais je salue toute initiative qui semble aller dans le sens de la construction de notre nation martiniquaise, si c’est bien le propos qui sous tend ce cri du cœur.
    Je suis d’accord avec le fait que nos martiniquais rentrent au pays pour faire vivre et grandir notre économie, et évoluer notre société.
    Sur la question du racisme ici évoquée, je pense qu’il faut aller au fond du propos.
    Les martiniquais ne sont pas racistes. quelques soient les raisons qui les animent, la grande majorité d’entre eux savent considérer les personnes pour ce qu’elles sont en dépit de leur couleur de peau. je dirais même qu’il est plus facile pour un blanc de s’intégrer ici sans renier sa culture, que pour un noir en france. Il existera toujours des personnes agissant selon des mécanismes primaires de protection, que ce soit ici comme partout. mais on ne eut pas étendre ceci a l’ensemble de la population martiniquaise, si prompte a tout absorber qui vienne de l’extérieur. D’ailleurs, cette jeune qui se définit comme une « whitiniquaise » dit etre parfaitement intégrée.
    Maintenant s’il s’agit d’évoquer d’un regard sociologique la racialisation de la société martiniquaise, alors cette jeune femme comprendra qu’il est difficile de s’extraire d’un prisme aussi structurel et fondateur des rapports de caste dans l’histoire de notre île. il est d’autant plus difficile de s’en extraire lorsque qu’on demande aux martiniquais de ne pas être raciste, de se considérer comme « tous créoles », alors qu’il existe toujours dans le monde de l’entreprise, une nette dichotomie entre la composition de la population martiniquaise et leur représentation dans les instances ou se prennent les décision, que ce soit dans les administrations, comme dans les entreprises privées, qui continuent a perpétuer l’idée que la responsabilité sied mieux aux personnes blanches de peau.
    Il en est de même dans les facilités d’acces aux prets bancaires lorsqu’on n’est pas sous le protectorat des castes économiquement dominantes. De nombreux exemples de barrieres au soutien economique de projets portés par des martiniquais afro descendants en sont la preuve.
    Je ne m’atarderai pas trop mais je conseillerais à cette jeune femme volontaire et visiblement animée d’un amour réel pour la martinique, de se demander quelle martinique elle souhaite, et de combattre sur tous les fronts ( le racisme anti blanc en martinique n’est pas un obstacle pour un entrepreneur blanc de peau. l’inverse est encore a faire evoluer) les freins réels a notre développement, telle que la racialisaiton du pouvoir économique, la castisation de beaucoup de blancs installés en martinique et qui fonctionnent en vase clos communautaire, l’égalité de la transmission en terme d’enseignement: la martinique est a majorité afro descendante, et l’Afrique figure a la derniere place des enseignements scolaires, et de la coopération économique.
    Il est des incoherences et des déviances comportementales qui nuisent d’avantage au developpement de la martinique que le racisme anti blanc. les martiniquais n’ont même pas le pouvoir d’etre institutionnellement racistes. Ils ne le sont pas non plus par nature. alors plus d’egalité et de justice dans ce pays, et les dommages collatéraux dont souffrent cette jeune femme s’évanouiront sans même qu’elle ne se rende compte.

    1. POTIE Mary

      Bonjour,
      J’écris très tardivement en réaction à vos commentaire; j’ignorais que ma lettre avait été publiée sur internet. Je suis tout à fait d’accord avec MAA-NIN sur les problèmes et la profondeur du problème qu’elle évoque. Par exemple j’avais commencé à lire le Discours Antillais qui est vraiment très percutant à ce sujet. Je ne me lasse pas de raconter aux métropolitains la Martinique et ses plaies sociales de tout ordre. Malheureusement à mon niveau, et sachant que mes études ne vont pas du tout dans ce sens (j’étudie l’agronomie), je n’ai jamais réussi à bien cerner les problèmes. J’ai pensé autrefois à l’indépendantisme ou l’autonomie comme étant une solution mais je crois être trop immature pour avoir une réelle idée de la question. Personnellement, je compte travailler au développement économique de la Martinique en revenant au pays pour participer à la construction d’une agriculture plus locale, plus dynamique. J’ai cru comprendre que la Martinique et la région bougeaient bien en ce moment. Ca me ravie et j’espère pouvoir être acteur de cette construction.
      Concernant ma lettre, elle n’évoquait qu’une partie du prisme social. Loin d’être un résumé de la situation, il s’agit d’un petit témoignage sur un phénomène qui se vit mais ne s’évoque pas.
      Merci pour vos réactions.

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