Que retenir de la conférence de Pascal Blanchard en Martinique ?
À l’initiative de l’association Tous Créoles, une conférence exceptionnelle de l’historien Pascal Blanchard, intitulée « Histoire et mémoires coloniales : quel héritage ? », s’est tenue le jeudi 18 décembre 2025 à l’Institut des Métiers du Sport (IMS) au Lamentin, devant un public nombreux et particulièrement attentif.
Vous pouvez retrouver l’intégralité de cette intervention ici :
👉 Pascal Blanchard – Histoire et mémoires coloniales : comprendre les héritages

Voici une synthèse des trois idées fortes qui ont marqué son intervention.
1. Sortir du « conflit des mémoires » par l’histoire commune
Pascal Blanchard insiste sur le fait que nous ne sommes plus au temps des excuses symboliques, mais à celui de la connaissance partagée. Selon lui, l’histoire coloniale n’est pas une « annexe » de l’histoire de France ou de la Martinique, mais le cœur battant de notre identité commune. L’enjeu n’est pas d’opposer une mémoire à une autre, mais de construire un récit national qui intègre enfin toutes les strates du passé, sans occultation ni glorification factice.
2. La décolonisation des imaginaires
C’est l’un de ses thèmes de prédilection : le « logiciel colonial » continue de fonctionner dans nos esprits à travers les stéréotypes, l’urbanisme ou les représentations médiatiques. Blanchard explique que pour se projeter vers l’avenir, il faut d’abord identifier ces traces invisibles. Il appelle à une « déconstruction active » : regarder les monuments et les noms de rues non pas comme des objets figés, mais comme des outils pédagogiques pour comprendre comment s’est structurée la hiérarchie sociale d’hier.
Une de ses déclarations fortes : “non, la colonisation n’est pas en soi un crime contre l’humanité ; en revanche, il y a eu de nombreux crimes contre l’humanité dans la colonisation”
3. La « Récréolisation » comme projet de société
En phase avec l’ADN de l’association Tous Créoles, l’historien a souligné que la Martinique possède une longueur d’avance sur l’Hexagone dans sa capacité à penser le métissage culturel. Pour lui, l’héritage colonial, bien que douloureux, a accouché d’une « créolité » qui est le modèle de survie du XXIe siècle. L’idée essentielle est de transformer ce passé subi en une force collective, en faisant de la diversité non plus une source de fracture, mais le moteur d’une citoyenneté renouvelée.